Cheveu Hype

Des podiums au dancefloor et même dans la rue, une coiffure tient de plus en plus le haut du pavé : c’est la coupe afro. On en rencontre de plus en plus et en tous lieux. Courte ou longue,  elle  s’érige telle un oursin, une sphère ou un volcan.

Après des années d’absence, la coupe afro redeviendrait-t-elle tendance?La nouvelle donne serait-elle de  laisser les cheveux être ce qu’ils sont ?

Souvenirs de Coupe Afro 

Cette coiffure qui a l’air tout à fait …sans histoire… a un long passé derrière elle. Dans les années 1960 -1970, porter cette coupe avait une symbolique politique et culturelle. La lutte pour les droits civiques, l’affirmation culturelle des descendants d’Africains et le mouvement « black is beautiful » (le noir est beau) revendiquent  la culture noire comme une culture indépendante et refusent par conséquent la dépendance aux canons de beauté de l’époque.

 Fier d’être noir

Alors que le lissage, appelé « le conk » (mot dérivé du congolène, gel lissant à base de lessive), était la norme depuis des décennies, (même les hommes, dans les années 1920, se défrisaient), on assiste dans les années 60 à l’émergence d’une esthétique noire de la résistance. Les Afro-Américains revisitent leurs racines, autant qu’ils se réinventent. Ils vont, peu à peu maitriser leur image et en faire un outil d’émancipation.

 En 1968,  James Brown écrit dans l’album « Say I Live and Loud » une chanson qui prône la fierté d’être noir« Say it loud I’am black and I’am proud »

A la même époque deux femmes sont les ambassadrices de cette coiffure: d’un côté, Angela Davis, militante communiste et de l’autre Pam Grier , une actrice des films de la Blackexploitation des années 1970 où l’héroïne, Foxy Brown cache des lames de rasoir dans sa coiffure afro.

Le monde « Nappy », une esthétique noire affirmée.

Aujourd’hui, l’afro revient porté par des Nappys, contraction des mots « naturel », et « happy ». De Paris à New York en passant par la Martinique, de nombreux sites internet vantent la beauté noire naturelle.Pour la sociologue Juliette Sméralda,  « le mouvement de renaissance  du cheveu crépu vient plutôt de France et d ‘Angleterre ». En France, Aline TACITE décide de lancer une série de conférences autour du cheveu crépu. Pour cela, elle s’aide du livre écrit par Juliette Sméralda « Peau noire, cheveu crépu » (2005) aux éditionsJasor « Il y avait près de 18000 visiteurs dans les conférences.

Le style Nappy a le vent en poupe

Ce livre a été très important car il a donné une structure, une ossature au mouvement Nappy » confirme la sociologue Juliette Sméralda. Et cet engouement s’explique, en partie, selon elle,  par le fait que le peuple noir, dominé depuis la nuit des temps, se cherche.

L’émergence d’une économie du cheveu noir 

Le retour de la coupe afro est aussi facilité par l’émergence  d’un marché qui s’est bâti autour du cheveu naturel. Cette industrie a donné aux amoureux des cheveux naturels les moyens de pouvoir s’occuper d’eux-mêmes. Alors qu’avant, comme ils n’avaient pas les outils appropriés,  ils  se contentaient d’imiter l’autre cheveu, le cheveu  lisse. Et on sait à quel prix ! « Aujourd’hui, ce commerce de produits capillaires, a permis aux gens d’avoir les moyens de mettre en valeur leurs cheveux » explique le sociologue, Serge Domi.

L’émergence d’une cosmétique noire

Et ce n’est pas la créatrice des produits Francesca Lauhon qui dira le contraire. Cette ancienne coiffeuse  a créé une gamme de produits de soins pour la beauté et la santé du cheveu. Elle fait le constat des problèmes de cheveux rencontrés fréquemment aux Antilles et décide d’étudier des produits de soin spécifiques et naturels. Ainsi naît  en 1986, l’idée de créer une gamme de produits capillaires 100% naturels, à base d’huiles essentielles et végétales et d’extraits de plantes.La ligne de soin « Franscesca Lauhon »  fabriquée en Martinique, naissait.

 

« J’assume tranquillement mon cheveu, ma coupe, ma couleur. »

Aujourd’hui, selon le sociologue, Serge Domi, la coupe afro garde un aspect identitaire mais pas dans le sens  revendicatif comme dans les années 1960 :«  Tu peux  garder ta coupe afro en volume, simple, tu peux aussi choisir de rajouter un accessoire  ou une couleur. Avant, Je voulais me faire reconnaître par l’autre. Aujourd’hui, je porte ma marque avec ce que je suis, je participe à la beauté du monde et j’inscris mon esthétique dans la perception que j’ai de la beauté. »

Jouer avec ses cheveux

Pour Kévin Cheri-Zecoté, étudiant au Campus caribéen des Arts et futur artiste, la coupe afro  est amusante. Il dessine et la plupart de ses personnages portent la coupe afro. « Ce qui a d’intéressant avec la coupe afro quand on est dessinateur et qu’on essaie de se donner un certain style, c’est qu’on peut jouer sur les formes de cette coiffure, par exemple, on peut faire un personnage avec une planète sur la tête.

Une célébration

Actuellement, la coupe afro est comme une célébration du cheveu naturel. Cette coiffure raconte que l’Afrique n’est plus seulement en Afrique, mais partout dans le monde. L’afro ne concerne plus seulement une coiffure mais un style, une esthétique,  une sorte de bouillonnement culturel, un métissage qui va des vêtements, à la musique en passant par la coiffure, l’art en général.

 

Réalisation: Hélène Eloi-Blézès

Mise en beauté du cheveu : Francesca Lauhon

Photographie: Philippe Bourgade

Coiffure : Peggy Telle

Les photos de Angéla Davis et Paméla Grier : source internet