Figures gigantesques. Comme une apparition d’un autre temps, les black dolls se posent là. D’ombres en ombres, ces poupées dévorent les murs.

« J’ai fait un film sur ses poupées et ensuite j’ai voulu les montrer à Paris. Elles sont belles, très diverses et elles portent en elles des millions de vies invisibles. L’histoire des noires Américaines qui les ont fabriquées.

Ce sont des existences qui ont été niées.et qui se matérialisent grâce à ses poupées. Elles racontent à la fois la douleur et la fierté. Dans un premier degré de lecture, on peut dire qu’il y a une sorte de tristesse qui se lit sur les visages. La question c’est que ces poupées ont été faites par des femmes qui souvent n’avait pas d’espace d’expression, de création et qui créaient ses poupées.

Un espace de liberté

Ce qui me touche dans ces poupées c’est ce qu’en dit Alice Walker dans un texte « en quête des jardins de nos mères » dans ce texte publié en 1983, elle parle de ces femmes noires Américaine, du Sud des USA qui n’avaient rien d’autre que leur jardin, que des bouts de tissus pour créer, pour s’exprimer.

De générations en générations.

Des visages multiples, deux cent en tout: souriant, boudeur ou avec cette petite pointe de mystère… ces mines en disent long. Dans la salle, on a l’impression d’entendre des chuchotements, comme autant d’histoires qui se répètent de générations en générations. Ouverture sur un autre monde, on y rentre à pieds joints.

Des poupées partout, partout.

Elles recouvrent  même les murs de leur présence…jusqu’au sol…Poupées uniques, réalisées artisanalement. Témoins de situations cocasses, elles sont transmises de génération en génération. Des poupées noires. Ce ne sont pas des jouets faits sur les critères du modèle européen teinté en noir mais ce sont bien des poupées créées à partir de la physionomie de personne noire.

Des poupées uniques.

Chacune semble évoluer avec sa personnalité, son univers qu’elle transporte comme elle peut. Certaines d’entre elles datent des années 1840, d’autres plutôt des années 1940. Elles ont comme point commun d’avoir été fabriquées par des afro américaines.

Une diversité d’allure

Ces figures représentent une infinie diversité d’allure, d’âge, de genre, de classes sociales ; Il y a des dames âgées, des dames habillées pour aller à l’église, des petits garçons, des petites filles. Cette exposition a été  vue pour la première fois au Mingei International Museum de San Diego en 2015. En début d’année 2018, c’était la première fois que cette manifestation franchissait les océans.

Une collection historique

Elles se sont toutes donné rendez-vous à la Maison Rouge, à Paris. L’instigatrice de cette exposition s’appelle Nora Philippe. C’est la commissaire de la collection. Nora Philippe découvre un livre qui s’appelle black dolls à New York qui publie en 2015 les poupées de la collection Neff. Elle est bouleversée par ses poupées. Et par les histoires qu’elles portaient.

 

La collection Déborah Neff.

Avant, ces poupées étaient considérées comme des jouets de seconde zone, comme indigne de mémoire. C’est Déborah Neff, avocate de la côte Est qui décide de les collectionner. Pendant 25 ans, elle collecte cet univers de poupées. Ces jouets révèlent un fait historique : cette volonté de résistance à l’encontre de l’esclavage, de la ségrégation, du racisme au quotidien. Cette exposition nous révèle aussi des faits sociologiques. Dans les années 40, deux psychologues, Pullman et Klark mènent une expérimentation très connue aux USA, the doll test ou the doll experiment qui teste la réaction des enfants noirs face à des poupées blanches et des poupées noires. Et le résultat est flagrant, la majorité des enfants noires préfèrent la poupée blanche. Ce test n’a jamais été réalisé en France. Aujourd’hui encore aux USA on obtient encore les mêmes résultats. Le dol test montre que les poupées sont le symptôme d’une société racialisée, raciste et un outil d’élite dans la représentation de soi. Cette exposition explique  qu’il a un aspect de résistance, de contre récit dans la mesure ou dans le contexte de la représentation des noirs américains sont profondément simplistes et dégradants ; les soins avec lesquels ses poupées sont fabriquées sont des réponses à toutes les représentations dégradantes. Le dol test montre qu’ il y a un racisme intériorisé Le manque d’estime de soi qu’une société raciste produit chez la minorité visible. Et les poupées noires étaient délaissées par les enfants noirs ; on le voit dans les traces photographiques de l’exposition.